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{ أَمْ لَهُمْ شُرَ‌كَاءُ شَرَ‌عُوا لَهُم مِّنَ الدِّينِ مَا لَمْ يَأْذَن بِهِ اللَّـهُ }

 

- Ou bien auraient-ils des associés [à Allah] qui auraient établi pour eux des lois religieuses qu'Allah n'a jamais permises ? (S.42 / Ash-Shura v.21)

 

{ ثُمَّ جَعَلْنَاكَ عَلَىٰ شَرِيعَةٍ مِّنَ الْأَمْرِ فَاتَّبِعْهَا وَلَا تَتَّبِعْ أَهْوَاءَ الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ }

 

- Puis Nous t‘avons mis sur la voie de l’ordre [une religion claire et parfaite]. Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas. (S.45 / Al-Jathiya v.18)

« Quiconque innove dans notre religion une chose qui n’en fait pas parti la verra rejetée »(Muslim)

 

« Et toute innovation est égarement ; et tout égarement conduit en Enfer » (Sahih at-targhîb)

 

 

Introduction

 

La question de s'il y a une « bonne innovation » en Islam et s'il est permis aux muslims de mettre au point et d'inventer des choses dans la religion pour les aider à se rapprocher d'Allah, comme cela est prétendu, est un sujet vivement disputé. Dans cette série nous allons traiter en profondeur, insha'Allah, des différents arguments utilisés à cet égard. Avant de commencer, nous allons rappeler quelques éléments au travers des points suivants :

 

Point n°1 : Les mots « bid’ah » (البدعة) (innovation) et « muhdathah » (المحدثة) (chose nouvellement inventée) ont tous deux été employés par le Messager (صلى الله عليه وسلم) dans un sens blâmable, et tous les savants de Ahl as-Sunnah sont d'accord que les bid’ahs dans la religion (en matière d'adoration et de rapprochement d'Allah) sont toutes interdites car Allah a complété la religion par l'intermédiaire du Messager (صلى الله عليه وسلم) et le Messager (صلى الله عليه وسلم) n'a rien laissé qui rapproche le muslim du Paradis sans nous en avoir déjà informé (soit dans le fondement de cette chose, soit dans ses détails) – se reporter à cet article pour la preuve : http://albasyrah.over-blog.com/article-la-completude-et-perfection-de-la-chari-ah-79725029.html

 

Point n°2 : Nous devons faire la différence entre employer des mots dans leur sens linguistique, et dans leur sens shar’î (religieux), parce que lorsque la Shari’ah utilise certains mots et expressions, elle entend par eux des significations qui vont au-delà de la simple signification et définition linguistique. Pour donner quelques exemples, le mot salâh (الصلاة), prière, signifie littéralement du’â' (الدعاء), invocation. C'est son pure sens linguistique. Dans la Shari’ah cependant, il signifie bien plus qu'invocation et fait référence à un ensemble d'états intérieurs et de sentiments, de paroles et d'actes extérieurs, sans lesquels il ne saurait y avoir de prière, telle que définie par la Shari’ah. Un autre exemple est az-zakâh (الزكاة), l'aumône, qui linguistiquement signifie en fait pureté, mais qui dans la Shari’ah revêt un sens conceptuel qui va au-delà du sens linguistique. Les termes de la Shari’ah souvent caractérisent, restreignent ou élargissent le sens linguistique ; lorsque l'on utilise des expressions, on doit donc les employer selon le sens défini de la Shari’ah afin d'éviter la confusion et l'ambiguïté.

 

Point n°3 : Le problème auquel nous allons être confrontés ici est le suivant : dans les diverses paroles des savants (que d'autres gens utilisent pour justifier la bid’ah en matière d'adoration), comment le terme bid’ah (البدعة) est-il utilisé et défini, et qu'est-ce qui est inclus dedans (ou en est exclu) ? C'est le sujet sur lequel les innovateurs d'aujourd'hui ont créé de façon délibérée une confusion. Ils se servent comme argument de paroles de certains savants qu'ils ne comprennent pas vraiment, et dont les auteurs ne visaient absolument pas ce que ces gens essaient de leur faire dire, en dénaturant leurs propos pour justifier leur propre contrevenance à la Sunnah du Messager (صلى الله عليه وسلم) et à la voie des Compagnons (رضي الله عنهم).

 

Le décor est maintenant planté pour cette série d'articles. Nous allons démontrer par la permission d'Allah qu'en réalité, ces savants (comme Ash-Shâfi’i, Al-‘Izz Ibn ‘Abd As-Salâm, Ibn Hajar Al-‘Asqalâni, An-Nawâwi et d'autres) sont innocents de la tromperie et des mensonges de ces gens qui prétendent les suivre dans leur compréhension de la bid’ah.

On sait que les innovateurs, et en particulier les soufis adorateurs de tombes de notre époque, s'appuient sur les paroles de certains savants qui ont appliqué les cinq statuts juridiques (wâjib [obligatoire], mustaḥabb [recommandable], mubâḥ [permis], makrûh [détestable], ḥarâm [interdit]) au domaine des bid’ahs, ou qui ont parlé d'innovation (bid’ah) bonne ou mauvaise. Mais ce qu'il ne disent pas, c'est que ces savants utilisent simplement le mot « bid’ah » dans son sens linguistique plus large, et pas strictement dans son sens shar’î (le sens qu'il a dans la Sharî’ah). Si on considère cela, nous pouvons dire que les divergences entre eux et ceux qui disent que toute innovation est mauvaise (entendant par là la définition de la Shari’ah uniquement), ne sont en fait dans une large mesure qu'une différence de formulation, et que les premiers savants incluent simplement d'autres choses dans la définition plus large, linguistique, de la bid’ah. Dans le même temps, on constate que dans leurs autres paroles (et dans leurs fatwas et jugements), ils mettent en garde contre l'innovation (dans l'adoration) et contre le fait de contredire la guidance du Messager (صلى الله عليه وسلم) et d'accomplir des adorations d'une manière autre que celle connue dans la Sunnah ou d'y ajouter des choses, de la modifier.

 

Le but de ce court article est de mettre en exergue le fait qu'Ibn Hajar Al-‘Asqalâni (رحمه الله) a mentionné ce point, et nous utiliserons ensuite cet article dans d'autres, lorsque nous monterons notre dossier pour démolir les racines et les fondements des innovateurs de notre époque qui ont réalisé cette tromperie, celle de provoquer une confusion entre ce qui est une « bid’ah idafiyyah » rejetée, et ce que certains savants font entrer dans l'acception linguistique du mot bid’ah comme choses d'intérêt public (qu'elles aient trait à des affaires religieuses ou terrestres) ou qui ont en fait un fondement dans la Shari’ah, comme la prière de Tarawih revifiée par ‘Umar Ibn Al-Khattâb (رضي الله عنه) dont il est établi qu'elle a été une Sunnah, mais qui avait été délaissée par le Messager (صلى الله عليه وسلم) pour une raison précise.

 

 

Ibn Hajar Al-Asqalâni (رحمه الله) explique l'emploi que font les savants du mot Bid’ah

 

Ibn Hajar (رحمه الله) a dit dans « Fath al-bari » (13/278) dans le livre « Se Cramponner au Livre et à la Sunnah », au chapitre : « Ce dans quoi il est détesté de se plonger et de disputer dans la science, l'exagération dans la religion et les innovations », ce qui suit :

 

وأما " البدع " فهو جمع بدعة وهي كل شيء ليس له مثال تقدم فيشمل لغة ما يحمد ويذم ، ويختص في عرف أهل الشرع بما يذم وإن وردت في المحمود فعلى معناها اللغوي

 

« Quant aux innovations (البدع), c'est le pluriel d'innovation (بدعة), et c'est tout ce qui n'a pas d'exemple antérieur. Linguistiquement, [le mot] englobe ce qui est louable comme ce qui est blâmable. Dans le langage des gens de la législation (c-à-d les savants) il est [employé] spécifiquement pour ce qui est blâmable, et s'il est utilisé en lien avec ce qui est louable, c'est alors selon son sens linguistique. »

 

Et Ibn Hajar (رحمه الله) a aussi dit (13/253-254) :

 

و " المحدثات " بفتح الدال جمع محدثة والمراد بها ما أحدث ، وليس له أصل في الشرع ويسمى في عرف الشرع " بدعة " وما كان له أصل يدل عليه الشرع فليس ببدعة ، فالبدعة في عرف الشرع مذمومة بخلاف اللغة فإن كل شيء أحدث على غير مثال يسمى بدعة سواء كان محمودا أو مذموما ،

 

« Et « les choses nouvellement inventées » (المحدثات - muhdathât), avec la fathah sur le dâl, est le pluriel de nouveauté (محدثة - muhdathah), et désigne ce qui a été inventé et qui n'a pas de fondement dans la Shari’ah. Dans le langage de la Shari’ah, on l'appelle innovation (بدعة). Quant à ce qui est étayé par un fondement dans la Shari’ah, ce n'est pas une innovation. Car « l'innovation » dans le langage de la Shari’ah est une chose blâmable, contrairement à [l'innovation] au sens linguistique. Car [linguistiquement], toute chose nouvelle qui est sans précédent est appelée « bid’ah », que cette chose soit louable ou blâmable. »

 

Il est dit de façon très claire que là où le mot « bid’ah » est employé pour désigner des choses louables, c'est dans son sens linguistique (plus large) qu'il est employé, et Ibn Hajar fait une différence nette entre son emploi dans le sens législatif (tel qu'entendu par la Shari’ah) et son emploi selon un sens purement linguistique. Le schéma suivant va nous aider à mieux comprendre ce qui se passe et vers où on va :

 

 

Ces deux paroles d’Ibn Hajar Al-‘Asqalâni (رحمه الله) vont nous donner un contexte dans lequel il nous est possible de comprendre quelle est la vraie et véritable intention de ceux qui ont parlé de « bonne bid’ah ». C'est ce contexte que les innovateurs et les déviants malhonnêtes veulent cacher et supprimer, dans le cadre de leur complot visant à duper les gens ordinaires pour justifier leur multitude d'innovations relatives (bid’ah idafiyyah – voir cet article : http://albasyrah.over-blog.com/article-les-deux-categories-d-innovation-la-haqiqiyyah-et-la-idafiyyah-79803498.html) qui sont blâmées dans la Shari’ah, et qu'ils tentent de justifier en les amalgamant à des choses que certains savants ont entrées dans l'application linguistique de ce terme.

 

Nous traiterons des paroles de l'Imam ash-Shafi’ī, An-Nawāwi, Ibn Rajab Al-Hanbali, d'Al-‘Izz Ibn ‘Abd As-Salam et d'autres en temps voulu inshâ'Allâh.

Alerte aux tromperies ! Les innovateurs présentent aux gens les paroles de certains savants comme Ash-Shafi’i et Al-‘Izz Ibn ‘Abd As-Salam en les citant au travers de la citation qu'a fait d'eux Ibn Hajar Al-‘Asqalâni dans « Fath al-bari » (Kitab at-Tawhid), et ils font cela dans un but bien précis : faire croire que l'avis de Ibn Hajar al-Asqalani est en total accord, est une confirmation et une acceptation, en dépit du fait que si on regarde la section en entier, on voit que la clarification du sujet par Ibn Hajar Al-Asqalani montre que son avis et sa définition de la bid’ah (telle que définie par la Shari’ah) est en adéquation avec celle d'Ash-Shatibi et avec celle des Salaf en général. Cela sera abordé dans une partie future de cette série inchâ'Allâh.

 

 

La Parole d'Ibn Kathir (رحمه الله)

 

À l'appui de ce qui précède, voici ce que Ibn Kathir (رحمه الله) a dit en explication du verset (2:117) :

 

والبدعة على قسمين تارة تكون بدعة شرعية كقوله فإن كل محدثة بدعة وكل بدعة ضلالة وتارة تكون بدعة لغوية كقول أمير المؤمنين عمر بن الخطاب عن جمعه إياهم على صلاة التراويح واستمرارهم نعمت البدعة هذه

 

« La bid’ah est de deux catégories. Tantôt il s'agit de bid’ah shar’iyyah (innovation au sens religieux), comme dans sa parole : « Car toute chose nouvellement inventée est une innovation et toute innovation est un égarement... », et tantôt il s'agit de bid’ah lughawiyyah (innovation au sens linguistique), comme dans la parole du Commandeur des Croyants ‘Umar Ibn Al-Khattâb à propos du fait qu'ils les a réunis ensemble pour la prière de Tarawih et leur a fait maintenir cette pratique : « Quelle bonne innovation... »

 

Cela montre qu'il n'y a pas de choses comme de « bonnes bid’ahs » dans la Sharī’ah, et que quand on parle de bid’ah dans un sens louable, c'est seulement dans son acception linguistique. Faire la distinction entre les deux nous permet bien plus facilement de saisir la perception qu'ont certains juristes Shafi’ites dans leur classification de la bid’ah. Nous verrons cela dans les prochains articles de cette série.

 

Source : www.bidah.com / http://albasyrah.over-blog.com/  

 

Tag(s) : #Innovations

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